Hier soir, y’avait pas répétition, alors on s’est dit et si on se faisait un cinoch… Bonne idée ! Et me v’là devant Une vie meilleure, le dernier film de Cédric Kahn, avec Guillaume Canet et Leïla Bekhti.

Chronique sociale, chronique réaliste.

Un couple se forme, un cuisinier, Yann, une serveuse, Nadia, et son fils Slimane sans papa. Petites gens, petits moyens mais suffisamment pour vivre un peu mieux que beaucoup d’autres du seul fait qu’ils ont un boulot.

Un rêve : ouvrir un resto au bord d’un lac en grande banlieue parisienne. Une revanche aussi : enfant de l’assistance, notre héro cuistot veut son affaire à tout prix. A tout prix.

A tout prix. Mais c’est trop cher pour les petites gens un peu trop crédules. Le prix des locaux, le coût des travaux de rénovation et de réhabilitation, c’est trop pour que la banque prête la somme nécessaire. Il manque presque rien pour boucler le dossier, quelques dizaines de milliers d'euros.

Si tu es raisonnable, tu quittes ton banquier déçu et l’air déconfit. Mais notre cuisinier refuse l’évidence, lui qui vient de nulle part et de personne veut son coin à lui, son ancrage. Et triche. Cumule plusieurs crédits revolving pour financer le petit presque rien qui manque, c’est trop facile, personne vérifie si tu peux payer. Rogne sur quelques travaux incontournables, espérant que la commission de sécurité ne verra rien, qui bien sûr le voit, vingt milles euros de plus ! Et le naufrage commence.

Endettement. Conseillère avisée, vendez tout, c’est encore jouable, sauvable. Mais comment lâcher mon utopie ? Surendettement. Conseilleurs, pas payeurs, mais toujours mauvais. Profiteurs, qu’une telle naïveté attirent. La dégringolade est vertigineuse et implacable. Yann enchaîne les mauvais choix, inexorablement, idée fixe en étendard. Une galère, c’est comme un malheur, ça n’arrive jamais seul. Comme la bêtise, suivie comme son ombre par la crédulité. Et Nadia s’y met aussi, part au Canada, contrainte par son patron, pour un super boulot en laissant son fils à Yann pour quelques semaines, le temps de trouver un appartement. Puis disparaît. Aucune nouvelle pendant des mois.

Le sort s’acharne : Yann et Slimane se retrouvent dans une piaule sordide et insalubre dans un vieil immeuble, à la merci d’un marchand de sommeil odieux. Ça continue, la chute s’accélère. Jusqu’où ?

Comment finir un film qui raconte une déchéance sociale, qui montre une réalité que vivent trop de gens ? En poussant la logique de la narration jusqu’au bout ? Mort sociale, sans logement, sous les ponts, sans plus rien ? Hé ben non ! La fin du film est du grand n’importe quoi, improbable et irréaliste, rocambolesque. Après quelques péripéties jamesbondesques, ça finit sur Yann et Slimane à fond sur un motoneige, heureux et hilares, au Canada, où ils ont retrouvé Nadia, en prison. Fin. Ouf.

Ce film est un bon film, quand même. La réalité sociale des galères quotidiennes est bien rendue, la réalité des institutions, qu’elles soient bancaires, sociales, associatives ou autres, et des gens y travaillant, est montrée sans caricature, avec justesse, chacun avec ses bonnes volontés et ses limites. Mais je regrette mon ticket de cinéma, où je préfère aller voir un film à grand spectacle, pour en prendre plein la vue et plein les oreilles, et sortir de mon quotidien ; alors qu’une vidéo de ce film sur ma télé aurait été bien suffisante.